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Entre
chien et loup ; la ville s'était vidée 
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EXTRAITS DU DOSSIER D'INTENTION D'ÉCRITURE
ET DE MISE EN SCÈNE
d'Alexandre Fernandez
Bernard-Marie Koltès est de
notre temps mais il a déjà ses sept petites secondes
d'avance sur nous, sept petits pas à la queue leu leu qui nous
indiquent que pour jouer Koltès et le représenter dans
son entièreté, il y a encore beaucoup à faire…
Son oeuvre se trouve là-bas de l'autre côté, dans
une sorte de guetto marginal où tout est possible car fixé
sur un terrain neutre, violent, insaisissable. Des hommes s'y croisent,
s'y rencontrent comme des chiens à l'affût par l'envie
de l'autre, traqués de tout côté, ils se cherchent,
se reniflent, s'hérissent, mordent, hurlent à la mort
leur fatum dans la nuit blanche maquerelle des heures interdites.
"Ils sont terrorisés par ce qu'ils sont en train de faire…"
nous les avons déjà peut-être rencontrés
ou nous les rencontrerons un jour puisqu'ils sont en nous et nous
plombent au sol sur les territoires connus de tous. C'est le quelque-part-en-Afrique,
le chantier humain par delà les miradors de "Combat de
nègres et de chiens".
C'est le Quartier mal famé à l'abandon que sépare
un fleuve du centre ville dans "Quai Ouest".
C'est la guerre d'Algérie et toutes les autres à venir
qui sont de l'autre côté des murs du jardin d'Adrien
dans "Le retour au désert".
C'est la méfiance de l'homme par l'homme qui sépare
et réunit à la fois dans "La solitude des champs
de coton".
C'est la dérive d'un être qui prend l'utopie comme l'empennage
de l'existence dans "La nuit juste avant les forêts".
C'est le juste-avant-de-mourir obstiné dans "Roberto Zucco".
C'est la maladie qui ronge le corps de l'intérieur comme la
fuite se prolonge jusqu'au coeur de la ville dans "La fuite à
cheval très loin dans la ville".
Et enfin, c'est encore et encore des choses fortes, violentes, follement
simples. Un monde qui dans les quartiers retranchés, se rabat
sur son souteneur un certain jour d'Avril…
Un garçon qui aimait tous les mots, regarda avec un amour minutieux
le ciel et les oiseaux qui y planaient. Ce garçon est Bernard-Marie
koltès. Il les regarde peut-être pour toujours. Il rédigea
avec des métaphores lumineuses le vaste monde tulmutueux et
les clairs-obscurs de la Lune. Ces choses sont maintenant comme si
elles ne cesseraient jamais d'exister.
D'une esquisse se dégage une impression, de cette impression
naît la lueur d'une forme. Comme une parole sans phrase, il
y a des voix, il y a des personnages. Ça commence comme ça,
ça commence toujours comme ça : se laisser faire…
Bernard-Marie Koltès. Deux visages en un, deux êtres
qui ne font qu'un. Bernard-Marie, cette force de l'autre que nous
portons tous en nous et qui nous tient debout. Ils se font face, ils
se regardent, s'épient, se contaminent… Ils se désignent
parfois… Ils se nomment de temps en temps… D'autres se
confondent même par moment. Cassius et Barba, eux, se nouent,
Chabanne les rejoint. Ils font bloc désormais. Quelle motivation
les pousse les uns vers les autres, nous ne la connaissons pas, peu
importe la raison. Nous pouvons toujours la leur demander, ils ne
sont jamais très loin…
Bernard et Marie restent avant tout des personnages de Koltès,
la rencontre se fait là, dans ce qui compose l'humain en temps
de paix pour ainsi dire et dans ce qui compose la race à vrai
dire en temps de guerre doit-on dire désormais.
La présence de l'individu, existence solitaire prise dans l'oeil
d'un adversaire provisoire, solitaire lui aussi, autre regard donnant
un sens à la propre existence de l'être regardant l'être
ainsi regardé. Inséparable différence dans la
rencontre de l'autre : Inconnu, c'est faisable pour nous, maintenant,
tout de suite, puisque tu es différent, j'existe, devrais-je
dire, je suppose. Certains refusent cette différence. Nous
mourrons…
C'est ce qui frappe à chaque instant, il n'y a pas de hasard
chez Koltès.
De la majuscule au point, la parole contamine… [...]
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