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Ma
voix ni mienne ni voix le soir venu
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« …Pour moi le théâtre
n'est pas une institution morale. Je ne veux ni instruire les gens,
ni les rendre meilleurs, ni les empêcher de s'ennuyer. Je
veux mettre de la poésie dans le théâtre, une
poésie en suspens dans le vide et qui prenne un nouveau départ
dans un nouvel espace. Je pense en dimensions nouvelles et fondamentalement
je ne m'inquiète pas que l'on puisse ou non me suivre. Je
serais incapable de donner les réponses que l'on espère.
Il n'y a pas de solutions faciles… »
Samuel Beckett
    
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EXTRAITS DES NOTES DESTINEES AUX ACTEURS
Beckett et sa manie de nous pousser vers le rien, vers le dépouillement,
de nous pousser à sauter dans le vide, mais aussi, Beckett
et sa conscience extrême de nous signaler les moindres détails
de ces pièces. Alors quoi faire ?…
« Accrochez-vous à votre désespoir et chantez-nous
ça » … écrira t-il à Robert Pinget.
De toute évidence, l'acteur et le public sont en permanence
sollicités, ils se confondent même par moment. Sans
un public l'acteur n'a plus raison d'être, sans l'acteur le
spectacle n'a pas lieu… Le public et l'acteur, ce tout intervenant
et agissant, n'a peut-être qu'un rôle apparent et illusoire
chez Beckett mais contrairement aux idées préconçues
qui circulent sur son oeuvre, Beckett nous renvoie sans cesse à
la théâtralité de son impuissance à mettre
en scène ce tout soit disant intervenant et agissant.
C'est pourquoi, j'ai tenu à mettre en évidence ce
que son théâtre entretient d'ambiguë en lui même
dès qu'il se met en scène. En confrontant l'acteur
(sur scène) à son auditoire (en salle mais aussi sur
scène), en faisant partiellement disparaître la rampe
qui sépare la scène et la salle en deux espaces bien
définis, tout en utilisant cette séparation comme
une démarcation nécessaire pour que la "représentation"
ait lieu. (…)
Le cri devenu familier se fait voix. Le fait qu'une parole soit
proférée comme une délivrance mais aussi une
interminable torture. Cette voix nous parle comme des disparus du
temps qui nous viennent de si loin, proches et déjà
partis. Notre mémoire, nos rêves et cauchemars…
Cette voix intérieure qui nous traverse nous la retrouvons
dans l'oeuvre de Samuel Beckett.
« Elle sort de moi, cependant elle n'est pas mienne, mais
ne peut être que la mienne puisqu'il n'y a que moi. Bref,
tout se ramène à une histoire de paroles, une question
de voix. De voix à prolonger… » L'innommable.
Le terrible attachement au monde de l'humain et ce sentiment d'abandon
et de manque que l'on trouve chez Beckett, l'homme confronté
à sa condition d'homme, l'incapacité à seulement
agir, être acteur (être-acteur) de sa propre destinée.
L'homme n'est pas la mesure de toute chose, nous indique Beckett.
Il n'est que l'objet de son impuissance. D'où, peut-être,
chez ses personnages, ce besoin d'engager une parole, ne serait-ce
que pour que l'on puisse entendre l'écho de leur voix. Sans
la parole la fin est proche. Sans la parole, il n'y a pas âme
qui vive. La parole ne sert ici qu'à rester en vie, l'homme
n'est qu'accessoire, objet de son incapacité à vivre
puisqu'il « n'en finit pas de mourir ». Il ne lui reste
pour s'entendre vivre que la peur de l'absence de parole. Mais la
parole reste l'éternel commencement de la fin. L'homme le
sait mais ne peut s'empêcher de remuer tant de mots. Et plus
il en bouge, plus il piétine et s'enlise rapidement dans
les sables mouvants de ses souvenirs en lambeau. Mourir, c'est une
question de temps.
Nous sommes dans l'impossibilité de comprendre…
Alexandre Fernandez
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