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Notes d'intention 36e parallèle

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Nous pensons que du fond doit émerger la forme, nous pensons que la forme ne doit pas se substituer au fond. Utiliser l'outil multimédia peut s'avérer superflu dés lors que son utilisation n'est motivée que par des enjeux de formes esthétiques et de performances technologiques. Les possibilités qu'offrent pourtant les nouvelles technologies de l'images, du son et du multimédia peuvent, si elle sont mises au service d'une écriture dramaturgique, enrichir et renforcer cette dernière, servir le propos et offrir au public de nouvelles expériences sensorielles. En ce qui nous concerne, nous avons donc décidé d'utiliser le support multimédia comme l'élément d'écriture géographique d'une scénographie du son et de l'imagerie à construire et à déconstruire en temps réel.

ENJEUX
Dans un monde organisé et régi par la différence - et souvent l'opposition – , il n'est pas de territoire réel, imaginaire ou symbolique qui ne secrète l'exclusion de l'Autre. Et pourtant apparaissent parfois des espaces de dissolution et/ou de remise en question de nos différences, où les territoires respectifs semblent s'évanouir.
En circulant d’un territoire à l’autre, nous transgressons la légitimité du territoire intime de chacun, et nous nous confondons ainsi à celui « autre » qui nous importe de faire disparaître dans l’imagerie collective.
Dans ce cas, souvent l’image visuelle a cette capacité à nous enrôler dans de fortes contradictions et à modifier ainsi durablement le comportement de nos images mentales.
C’est ainsi que l'image de l'autre nous ramène à l'image autre de soi, et, de ces différences perçues peuvent naître l'amour, l'incompréhension, la haine.
Le territoire intime du corps est pour ainsi dire lié aux processus d'exclusions et de désintégrations d’une géographie physique et humaine.

EXPLORER LA NOTION « TERRRITOIRE » SUR LE CORPS DE LA FEMME
Territoires convoités, dès que les hostilités sont déclanchées, le corps des femmes devient un champs de bataille, un territoire à prendre, à conquérir, à occuper, à contrôler, à purifier ou à libérer dans les conflits mondiaux. Dans nos sociétés passées ou présentes, il a été le territoire de contrôle du masculin.
C’est la raison pour laquelle, nous avons choisi deux jeunes femmes, car il nous semble que la notion de territoire est intimement liée à leur corps.

EXPLORER LA NOTION « TERRITOIRE » DANS UNE GEOGRAPHIQUE PHYSIQUE ET HUMAINE
L’actualité comme ressort dramaturgique a toujours été une donnée fondamentale dans notre démarche artistique.
Avec « 36e parallèle » nous avons choisi de mettre en jeux le thème de l’immigration et plus particulièrement l’exploration de la notion de territoire en nous référant à une zone géographique atypique.
Nous avons choisi la zone du détroit de Gibraltar et son « corridor du 36e parallèle » qui sépare l'Europe et l'Afrique sur à peine 14 kilomètres de mer. Une barrière naturelle entre deux pays : l'Espagne et le Maroc; entre deux continents : l'Europe et l'Afrique; entre deux mers : la mer Méditerranée et l'Océan Atlantique; entre deux religions: la chrétienne et la musulmane; entre deux cultures : l'occidentale et l'orientale. En outre, géologiquement, le détroit révèle la fissure des deux plaques tectoniques : la plaque Eurasienne et la plaque Africaine. La profondeur au milieu du détroit est de 1.400 mètres. Dans aucun endroit du monde existe autant de contrastes sur une si courte distance.
C’est en Novembre 1989, qu’on découvre pour la première fois sur les plages de Cadiz le cadavre d'un homme ayant tenté de traverser le corridor du « 36e parallèle » en "pateras" - fragiles embarcations de pêcheurs -. au niveau du détroit de Gibraltar entre Tanger et Tarifa. C'est l'année de la chute du mur de Berlin.
Depuis ce jour de Novembre 1989, la traversée clandestine en "pateras", vers les côtes Andalouses, et postérieurement vers les îles Canaries, en partance de la région de Tanger, ou du sud-ouest du Maroc et du Sahara Occidental puis des côtes Sénégalaises, est devenue l'une des manifestations les plus dramatiques de ce désir d’immigration vers l'Europe.
Ce sont là, des hommes, des femmes, des enfants, nouveau boat-people économique, amassés en grappes serrées dans de petites embarcations de pêcheurs, qui n’ont plus d’espoir qu‘en regardant au-delà de l’horizon, au-delà de quelques milles marins, vers une Europe si proche et bien distante.


 

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