 |
Trilogie pour un geste de survie
1
| 2
| 3
| 4
Homme de vérité et de droiture,
on le craint pour la sévérité de ses jugements
et si on lui sait gré d'énoncer les vérités,
on lui en veut souvent de le faire. C'est le cas, notamment, chaque
fois qu'on aborde la question de la situation des enfants, occasion
d'apercevoir de la manière la plus évidente la crise
qui est intensément vécue par toutes les familles
immigrées, et qui se traduit ici par la rupture entre la
génération des parents et la génération
des enfants, produite dans des conditions sociales et culturelles
tout à fait différentes. Que le sage, à qui
il arrive d'être aussi un prophète de malheur, proclame
que l'émigration fut une « erreur », que tout
le monde s'est trompé en cette circonstance, passe encore.
Mais qu'il annonce que l'immigration des familles - la sienne en
premier lieu - est une trahison, un reniement; une apostasie (au
sens religieux du terme) et qu'elle a eu pour conséquence
une totale reconversion qui fait que, comme il aime à le
répéter, « au lieu de travailler pour (leur)
prospérité, les immigrés (en famille) travaillent
en réalité pour la postérité des autres
», c'est là une énonciation qui est très
difficile à supporter, car elle est en même temps une
dénonciation.
Abdelmalek Sayad
La malédiction tirée de La misère
du monde, sous la direction de Pierre
BOURDIEU, Paris, Seuil, 1993.
|
 |
|
 |